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Accessibilité web : par où commencer quand on part de zéro

L'accessibilité souffre d'un malentendu : on croit qu'elle sert à une poignée de personnes aveugles, alors qu'elle sert surtout à celles qui tiennent leur téléphone d'une main dans le métro et à celles qui, passé cinquante ans, ont besoin d'agrandir le texte. Ce mémo part de là, puis dit ce que la loi exige depuis 2025 et ce qu'il faut corriger en premier.

À lire avant de décider

Ce mémo aborde des sujets encadrés par la réglementation ou qui engagent financièrement. Les règles, les tarifs et les pratiques évoluent : le texte décrit l'état du droit français à sa date de publication, et rien ne garantit qu'il soit encore exact aujourd'hui.

Il n'a pas valeur de conseil juridique, fiscal ou comptable. Pour une décision qui engage, faites vérifier votre cas par un professionnel. Avertissement et limites d'usage

👀

1. Ce n'est pas une question de handicap lourd C'est une question de conditions de lecture

La première image qui vient, quand on parle d'accessibilité, c'est une personne aveugle devant un lecteur d'écran. Elle existe, et elle compte. Mais elle ne représente qu'une petite partie des gens qui butent sur un site mal fait.

1 Les situations passagères

Un bras dans le plâtre, un téléphone tenu d'une main en marchant, un écran au soleil, une connexion qui n'affiche pas les images. Personne ne se déclare handicapé dans ces cas-là, et pourtant tout le monde y est.

2 La vue qui baisse

À partir de quarante-cinq ans, la plupart des gens agrandissent le texte ou éloignent l'écran. Un site qui empêche le zoom leur devient pénible bien avant de leur devenir impossible, et ils partent sans jamais expliquer pourquoi.

3 Ceux qui n'utilisent pas de souris

Par handicap moteur, par habitude, ou parce qu'ils remplissent un formulaire au clavier. Un site où l'on ne peut pas atteindre le bouton d'envoi avec la touche de tabulation est un site où l'on ne commande pas.

ℹ️
Ce que l'accessibilité n'est pas. Ce n'est pas un site plus laid, ni un site sans images, ni un site en noir et blanc. Aucune des corrections décrites plus bas ne change l'apparence d'une page pour un visiteur ordinaire, sauf la dernière, qui consiste à assombrir un gris trop clair. C'est un travail invisible, ce qui est à la fois sa qualité et la raison pour laquelle il n'est jamais budgété.
⚖️

2. Ce que la loi exige depuis juin 2025 Et qui est concerné, exactement

Jusqu'en 2025, l'obligation française d'accessibilité numérique visait le secteur public et les entreprises au chiffre d'affaires supérieur à 250 millions d'euros. Autant dire personne, du point de vue d'une PME. La directive européenne dite European Accessibility Act, transposée par le décret n° 2023-931 du 9 octobre 2023, a changé le périmètre : ses obligations s'appliquent depuis le 28 juin 2025.

QuestionRéponse
Qui est concerné ? Les entreprises qui fournissent au grand public un service dans l'un des secteurs visés : commerce en ligne, services bancaires aux particuliers, transport de voyageurs, télécommunications, livres numériques, certains services de médias.
Qui en est dispensé ? Les microentreprises, au sens européen du terme : moins de dix personnes et un chiffre d'affaires ou un bilan qui ne dépasse pas deux millions d'euros. Les deux conditions doivent être réunies pour être dispensé.
Quelle référence technique ? La norme EN 301 549, déclinée pour le web par le RGAA 4.1.2 : 106 critères en 13 thématiques, qui transposent les WCAG 2.1 niveau AA.
Quelles sanctions ? 25 000 euros pour les manquements déclaratifs, absence de déclaration d'accessibilité ou de mention sur la page d'accueil ; jusqu'à 50 000 euros par service pour la non-conformité technique. Le contrôle relève de l'ARCOM.
Y a-t-il un délai ? Les services et produits commercialisés avant le 28 juin 2025 bénéficient d'une période transitoire jusqu'au 28 juin 2030. Un site existant n'est donc pas en infraction demain matin, mais l'échéance est posée.
⚠️
Un point où les sources divergent, et il vaut mieux le savoir. Certaines présentations du texte annoncent qu'il faut dépasser les deux seuils, dix salariés et deux millions, pour être concerné. La définition européenne de la microentreprise, elle, exige de réunir les deux conditions pour être dispensé : il suffirait donc d'en dépasser une seule pour entrer dans le périmètre. La nuance change tout pour une entreprise de douze personnes à un million de chiffre d'affaires. Si vous êtes dans cette zone, faites confirmer votre situation par un juriste plutôt que par un article de blog, celui-ci compris.
📊

3. L'état réel du web Et pourquoi il empire

WebAIM analyse chaque année la page d'accueil du million de sites les plus visités. Son édition 2026 relève que 95,9 % d'entre elles présentent des défauts d'accessibilité détectables automatiquement, contre 94,8 % un an plus tôt : six années d'amélioration lente viennent de s'inverser. Le nombre moyen de défauts par page passe de 51 à 56.

95,9 %des pages d'accueil ont des défauts détectables
56défauts en moyenne par page
96 %des défauts viennent de six causes seulement

Ce dernier chiffre est le plus utile de tous. L'immense majorité des problèmes ne vient pas de subtilités techniques mais de six causes répétées, dominées par le texte au contraste insuffisant et l'alternative textuelle manquante sur les images. Autrement dit : traiter une petite liste de points fait disparaître l'essentiel du problème, ce qui est rarement vrai en informatique.

🔥
Le résultat qui surprend tout le monde. Les pages qui emploient des attributs ARIA, la technologie censée décrire finement une interface aux outils d'assistance, comptent en moyenne 57 défauts, soit plus du double des pages qui n'en utilisent pas. La leçon n'est pas qu'ARIA est mauvais, c'est qu'il est difficile : mal posé, il ment aux outils d'assistance, et un mensonge vaut moins qu'un silence. La première règle de sa propre spécification est d'ailleurs de ne pas l'utiliser quand un élément HTML ordinaire fait le travail.
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4. Les sept défauts à corriger en premier Ceux que n'importe quel outil trouve en trente secondes

Ce sont les points qu'une analyse automatique relève sur presque tous les sites, classés par rapport entre le gain et l'effort.

Le défautQui il gêneLa correctionNiveau
La page ne déclare pas sa langue Tous les utilisateurs de lecteurs d'écran : le texte français est lu avec une prononciation anglaise, donc incompréhensible. Un attribut lang="fr" sur la balise d'ouverture du document. Une seule fois pour tout le site si vous utilisez un gabarit. Débutant
Le zoom est bloqué Toute personne dont la vue baisse, soit une part importante de vos clients passé cinquante ans. Retirer user-scalable=no et maximum-scale de la balise viewport. Ce réglage vient d'un gabarit ancien et n'a plus aucune justification. Débutant
La page n'est pas configurée pour les mobiles Tout le monde, y compris Google. Sans balise viewport, le téléphone affiche une version réduite illisible. Une ligne dans l'en-tête du gabarit. Débutant
Des images sans alternative textuelle Les lecteurs d'écran, les moteurs de recherche, et tous ceux dont les images ne se chargent pas. Un attribut alt qui décrit ce que l'image apporte. Pour une image purement décorative, un alt vide et non absent : c'est ainsi qu'on dit « ignore-moi » au lieu de « devine ». Débutant
Des champs de formulaire sans étiquette Quiconque n'a pas le contexte visuel : le lecteur d'écran annonce « zone de saisie » sans dire de quoi. Une balise label reliée au champ. Le texte gris à l'intérieur du champ ne compte pas : il disparaît dès qu'on tape. Intermédiaire
Des liens qui n'annoncent pas leur destination Ceux qui parcourent la liste des liens d'une page, pratique courante au lecteur d'écran. Vingt liens « en savoir plus » ne disent rien. Écrire le lien sur le texte qui décrit la cible. Pour une icône seule, un texte accessible caché visuellement. Intermédiaire
Des cadres intégrés sans titre Une carte, une vidéo, un formulaire externe annoncés comme « cadre » sans plus de précision. Un attribut title sur l'élément iframe. Intermédiaire
💡
Trois de ces sept points se corrigent une fois pour tout le site. La langue, la balise viewport et le blocage du zoom vivent dans le gabarit commun à toutes vos pages : une modification, et le défaut disparaît partout. C'est une demi-heure de travail pour trois catégories de problèmes, et il n'y a pas beaucoup d'endroits où le rapport est aussi favorable.
📈

5. Ce que ça rapporte en plus Sans que ce soit l'argument principal

L'accessibilité et le référencement se recoupent largement, parce que Google lit une page à peu près comme un lecteur d'écran : sans les couleurs, sans la mise en page, en suivant la structure du code.

  • Les alternatives textuelles décrivent vos images aux moteurs, qui ne savent pas les regarder. C'est aussi ce qui fait apparaître vos photos dans la recherche d'images.
  • La hiérarchie correcte des titres, qui sert aux lecteurs d'écran à naviguer, est exactement ce qui aide un moteur à comprendre le plan de votre page.
  • Des liens explicites valent mieux que vingt « cliquez ici », pour le référencement comme pour l'oreille.
  • La déclaration de langue indique aux moteurs pour quel public la page est écrite.
⚠️
Attention à ne pas inverser l'argument. « Faites de l'accessibilité, c'est bon pour le SEO » est une phrase d'agence, et elle conduit à ne traiter que les points qui servent aux deux, en laissant de côté ceux qui ne servent qu'aux personnes concernées, comme la navigation au clavier. Le bénéfice de référencement est réel, il n'est pas la raison.
🛑

6. Les surcouches d'accessibilité Le raccourci qu'on vous vendra, et pourquoi il n'en est pas un

Dès que le sujet devient une obligation, une offre apparaît : un script à coller sur votre site, un abonnement mensuel, un petit bonhomme dans un coin de l'écran, et la promesse d'une mise en conformité sans toucher au code. C'est séduisant, et c'est exactement ce qu'on achète quand on veut que le problème disparaisse plutôt qu'il soit résolu.

Ce que ces outils font réellement

Ils ajoutent un menu de préférences visuelles, agrandissement, contraste, police adaptée. C'est utile à certains visiteurs, et c'est du confort, pas de la conformité. Le reste consiste à deviner, au chargement de la page, ce qui manque dans votre code, puis à le corriger en direct.

Pourquoi la devinette échoue

Aucun script ne peut inventer la description pertinente d'une photo, ni savoir si un bouton « Valider » confirme une commande ou supprime un compte. Les associations de personnes concernées signalent régulièrement que ces surcouches gênent leurs propres outils d'assistance, qui reçoivent alors deux descriptions contradictoires.

🔥
Le point juridique, qui devrait suffire à trancher. Ces produits ne vous dispensent pas de vos obligations. Le RGAA se vérifie sur le code livré, la déclaration d'accessibilité engage l'entreprise, et un audit ne s'arrête pas au bandeau posé sur la page. Payer un abonnement mensuel pour un outil qui ne vous met pas en conformité, c'est ajouter une dépense récurrente à un travail qui reste à faire.
🔎

7. Trois tests à faire vous-même, sans rien installer Dix minutes chacun

1 Le test du clavier

Posez la souris. Parcourez votre page d'accueil avec la touche de tabulation jusqu'au pied de page.

Ce qui doit être vrai : vous voyez en permanence où vous êtes, vous atteignez chaque lien et chaque bouton, et vous ne restez jamais coincé dans un élément dont vous ne pouvez plus sortir. Les menus déroulants et les fenêtres surgissantes sont les deux endroits où ça casse.

2 Le test du zoom

Agrandissez la page à 200 %.

Ce qui doit être vrai : tout le texte reste lisible, rien ne se chevauche, rien ne sort de l'écran, et aucune barre de défilement horizontale n'apparaît. C'est le test qui trouve le plus de défauts en une minute.

3 Le test de l'image absente

Coupez le chargement des images dans votre navigateur, ou ouvrez la page sur une connexion lente.

Ce qui doit être vrai : chaque image utile laisse un texte qui dit ce qu'elle montrait. Si la page devient un alignement de cadres vides, vos alternatives textuelles manquent.

🎓
La limite des outils automatiques, dite franchement. Un analyseur, celui de ce site compris, ne voit qu'une partie des critères : ceux qui se vérifient dans le code. Il sait dire qu'une image n'a pas d'alternative, il ne sait pas dire si l'alternative écrite décrit vraiment l'image. Il repère un contraste insuffisant, il ne repère pas un enchaînement d'écrans impossible à suivre au clavier. Prenez donc un rapport automatique pour ce qu'il est : la liste des défauts les plus grossiers, à corriger avant même d'envisager un audit sérieux.
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8. Le plan à petit budget Dans l'ordre, et sans y passer l'année

Étape 1

Le gabarit commun, une demi-journée

Langue déclarée, balise viewport correcte, zoom débloqué, titres de cadres. Trois catégories de défauts disparaissent d'un coup sur toutes les pages.

Étape 2

Les contrastes, une demi-journée

Première cause de défauts sur le web. Repérez les gris clairs sur fond blanc et les textes posés sur une photo. La correction consiste à assombrir une couleur dans votre feuille de style, et c'est le seul point de cette liste qui se voie à l'œil nu.

Étape 3

Les images, à l'usage

Ne reprenez pas trois cents images d'un coup. Traitez celles des pages qui reçoivent du trafic, puis prenez l'habitude d'écrire l'alternative au moment où vous publiez. La dette cesse alors de grossir, ce qui compte plus que de la solder.

Étape 4

Les formulaires, une journée

Étiquettes reliées aux champs, messages d'erreur qui disent quoi corriger, parcours complet au clavier. À faire en priorité sur le formulaire de contact et sur le tunnel de commande : ce sont eux qui transforment.

Étape 5

La déclaration, si vous êtes concerné

Déclaration d'accessibilité, mention sur la page d'accueil, moyen de contact pour signaler un problème. C'est la partie que sanctionnent les 25 000 euros, et c'est la moins coûteuse à produire.

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9. Ce que vous pouvez faire seul Et où s'arrête l'autonomie

  • Seul : les étapes 1 à 3. Elles ne demandent aucune compétence particulière au-delà de savoir modifier un gabarit, et elles font disparaître la majorité des défauts détectables.
  • Seul, avec du temps : l'étape 4, à condition de tester réellement au clavier et pas seulement de corriger le code.
  • Accompagné : dès qu'il y a un tunnel de commande, un espace client, ou une application dont les écrans changent sans rechargement de page. C'est là qu'ARIA devient nécessaire, et c'est précisément là que les chiffres montrent qu'il empire les choses quand il est mal employé.
  • Par un spécialiste, obligatoirement : l'audit RGAA officiel, s'il vous faut une déclaration de conformité opposable. Ce n'est pas le même métier, et une déclaration fausse vaut mieux pas de déclaration du tout.
⭐
Le repère pour juger un devis. Un prestataire qui vous propose une surcouche à installer, ou qui annonce une mise en conformité RGAA sans avoir regardé vos gabarits, vend un raccourci qui n'existe pas. Celui qui commence par vous demander combien vous avez de gabarits différents et quels parcours comptent le plus pour vous a compris le problème : l'accessibilité se traite par gabarit et par parcours, jamais page par page.

Mémo publié par NET&PRO à titre pédagogique. Information générale, sans garantie d'exactitude, d'exhaustivité ni d'actualité, et sans valeur de conseil personnalisé. Avertissement et limites d'usage

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Le faire vous-même

Trois des sept défauts les plus courants se corrigent une seule fois, dans le gabarit commun à toutes vos pages. Aucun ne demande de compétence particulière, et aucun ne change l'apparence du site.

  • Le temps réel : une demi-journée pour le gabarit, une demi-journée pour les contrastes, puis les images au fil des publications plutôt qu'en rattrapage.
  • Les outils gratuits : votre clavier et la touche de tabulation, le zoom à 200 %, et le blocage des images dans le navigateur. Ces trois tests trouvent plus de défauts qu'un rapport automatique.
  • Le piège : acheter une surcouche d'accessibilité. Elle ne vous met pas en conformité, elle gêne souvent les outils d'assistance qu'elle prétend servir, et elle ajoute un abonnement mensuel à un travail qui reste entier.

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