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Les sauvegardes de A à Z

Tout le monde sauvegarde. Presque personne ne restaure. Ce mémo prend le problème par l'autre bout : ce que vous devez pouvoir remonter, en combien de temps, et comment le prouver avant d'en avoir besoin.

Avant d'appliquer ce mémo

Les manipulations décrites ici peuvent entraîner une perte de données ou l'indisponibilité d'un service. Avant d'en appliquer une seule : faites une sauvegarde complète et vérifiez qu'elle se restaure, travaillez d'abord sur un environnement sans enjeu, et n'exécutez aucune commande dont vous ne comprenez pas l'effet.

Ce mémo est un contenu pédagogique de portée générale. Il ne tient pas compte de votre situation, n'a pas valeur de conseil professionnel, et son application relève de votre seule responsabilité. Avertissement et limites d'usage

🛡

1. Contre quoi on se protège Cinq sinistres, pas un seul

La plupart des dispositifs de sauvegarde ne couvrent qu'un seul risque, le plus rare, et laissent les quatre autres à découvert. Commencer par nommer les scénarios évite de construire une protection asymétrique.

Le sinistre Ce que ça donne concrètement Ce qui protège vraiment
Panne matérielle Le disque du serveur lâche, la machine ne redémarre pas. N'importe quelle copie ailleurs. C'est le cas le plus simple, et le seul que couvre l'hébergeur.
Erreur humaine Une suppression de trop, un import qui écrase, une mise à jour ratée. Un historique. Une copie unique écrasée chaque nuit ne sert à rien si l'erreur date de mardi.
Rançongiciel Les fichiers sont chiffrés, y compris les sauvegardes accessibles depuis la machine. Une copie hors de portée du serveur. Voir la section 11.
Corruption silencieuse Un bug abîme les données pendant des semaines sans que personne le voie. Une rétention longue, seule à couvrir un dégât découvert tardivement.
Perte d'accès Litige, compte suspendu, prestataire injoignable, carte bancaire expirée. Une copie chez vous, indépendante du fournisseur.
🔥
Les quatre derniers scénarios sont les plus fréquents, et ce sont ceux que la sauvegarde de l'hébergeur couvre le moins bien. Elle est conçue pour restaurer une machine, pas pour rattraper votre erreur d'il y a trois semaines. C'est un filet de sécurité, pas votre dispositif de sauvegarde.
🎯

2. La règle 3-2-1 Trois chiffres, et ce qu'on y ajoute depuis

3
copies
L'original et deux sauvegardes.
2
supports différents
Pour que la même panne ne les emporte pas ensemble.
1
copie hors site
Ailleurs que là où vivent les données.

+ Ce que la pratique a ajouté

Deux chiffres complètent la règle depuis que les rançongiciels s'attaquent aux sauvegardes elles-mêmes :

  • 1 copie inaltérable ou hors ligne, que rien de connecté ne peut effacer ni chiffrer
  • 0 erreur au contrôle : une sauvegarde dont l'intégrité n'a pas été vérifiée ne compte pas dans le décompte

Le second point est le plus souvent ignoré, et c'est celui qui décide de tout. Une sauvegarde n'existe qu'à partir du moment où quelqu'un a prouvé qu'elle se relit.

💡
Deux copies dans le même cloud computing ne font pas deux supports. Un même compte suspendu, une même erreur de configuration, une même facture impayée emportent les deux. La diversité qui compte n'est pas celle du disque, c'est celle du fournisseur et du compte.
📦

3. Quoi sauvegarder Et ce qui ne sert à rien

1 Indispensable

  • La base de données, dans un export cohérent, pas une copie des fichiers de la base pendant qu'elle tourne
  • Les fichiers déposés par les visiteurs et l'administrateur : images, documents, pièces jointes. Ils n'existent nulle part ailleurs
  • Les fichiers de configuration propres au serveur, à commencer par celui qui porte les identifiants
  • Les certificats et clés que vous avez générés vous-même
  • La zone DNS, exportée une fois et à chaque modification. Elle ne pèse rien et se reconstitue très mal de mémoire
  • Le contenu éditorial s'il vit en base : c'est le travail de plusieurs années

2 Inutile, et coûteux

  • Le code source, s'il est déjà versionné et poussé sur une forge. Il est sauvegardé par nature
  • Les dépendances installées, qui se réinstallent à partir d'un fichier de description
  • Le cache et les fichiers temporaires, qui se régénèrent seuls
  • Les journaux anciens, sauf obligation légale de conservation

Sauvegarder l'inutile n'est pas neutre : ça rallonge la durée des sauvegardes, gonfle la facture de stockage, et surtout ça rallonge la restauration au moment où chaque minute compte.

⚠
Le piège du site sous CMS. On sauvegarde consciencieusement la base, en oubliant le dossier des médias. À la restauration, le site remonte avec tous ses articles et pas une seule image. Base et fichiers déposés forment un couple : ils se sauvegardent ensemble et se restaurent ensemble, sous peine de remonter un site qui référence des fichiers absents.
Un export de base cohérent, et l'archive des fichiers
# Export SQL compressé, daté
mysqldump --single-transaction --quick --routines \
  -u UTILISATEUR -p BASE | gzip > base-$(date +%F).sql.gz

# Les fichiers déposés, sans le cache ni les dépendances
tar czf fichiers-$(date +%F).tar.gz \
  --exclude='*/cache/*' \
  --exclude='*/node_modules/*' \
  storage/uploads public/medias
📊

4. Complète, différentielle, incrémentale Le compromis place contre simplicité

Forme Ce qu'elle copie Place Restauration
Complète Tout, à chaque fois. Élevée La plus simple Un seul fichier à remonter
Différentielle Ce qui a changé depuis la dernière complète. Moyenne Deux fichiers : la complète, puis la dernière différentielle
Incrémentale Ce qui a changé depuis la précédente sauvegarde, quelle qu'elle soit. Faible La plus fragile Toute la chaîne, et un maillon manquant casse tout

Ce que ça donne en pratique

Pour un site dont les données pèsent quelques gigaoctets, la sauvegarde complète quotidienne reste le meilleur choix : le stockage coûte moins cher que la complexité, et la restauration ne dépend d'aucune chaîne. Les formes incrémentales prennent leur sens quand le volume rend la complète impossible dans la nuit.

Un schéma qui tient sans y penser : une complète par jour conservée une semaine, une par semaine conservée un mois, une par mois conservée un an. Trois niveaux, trois horizons, et une capacité de retour arrière qui couvre l'erreur découverte tard.

📁

5. Où stocker les copies Quatre emplacements, quatre rôles

Sur le serveur lui-même

Utile pour restaurer vite une erreur récente, sans rien télécharger. Ne compte pour rien en cas de panne, de compromission ou de perte d'accès : la copie disparaît avec la machine.

Rôle : confort, jamais protection.

Chez un stockage tiers

Un espace objet ou un service de sauvegarde, chez un fournisseur différent de l'hébergeur. C'est la copie hors site du 3-2-1, celle qui travaille vraiment.

Rôle : la sauvegarde principale.

Chez vous

Un disque externe, synchronisé périodiquement. Lent à mettre à jour, mais totalement indépendant de tout fournisseur, de toute facture et de tout litige.

Rôle : la copie de dernier recours.

Hors ligne ou inaltérable

Un disque débranché, ou un stockage qui interdit techniquement la suppression avant une date. C'est la seule copie qu'un rançongiciel ne peut pas atteindre.

Rôle : survivre à une attaque.

💡
Le compte qui dépose les sauvegardes ne doit avoir que le droit d'écrire, jamais celui d'effacer. Si le serveur est compromis, l'attaquant hérite de ses droits : avec un accès en suppression, il vide votre stockage distant avant de chiffrer la machine. C'est le réglage le plus rentable de toute cette liste, et il prend deux minutes.
🏢

6. La sauvegarde de l'hébergeur Ce qu'elle couvre, ce qu'elle ne couvre pas

! Les quatre questions à poser avant de compter dessus

  1. Quelle profondeur ? Sept jours ne rattrapent pas une corruption découverte au bout d'un mois.
  2. Qui déclenche la restauration ? Si elle passe par un ticket au support, votre délai de reprise dépend de leur charge de travail, pas de vous.
  3. Restauration partielle possible ? Remonter un seul fichier ou une seule table, ou tout écraser d'un bloc ?
  4. Est-ce facturé ? Certaines offres incluent la sauvegarde et facturent la restauration, au moment précis où vous n'êtes pas en position de discuter.
⚠
Dans la plupart des contrats d'hébergement, la sauvegarde est fournie sans obligation de résultat : elle est présentée comme un service de courtoisie, et la responsabilité des données reste au client. Cette ligne est rarement lue avant d'en avoir besoin. Lisez-la maintenant.
⚙

7. Automatiser sans y penser Et surtout, être prévenu quand ça rate

Une sauvegarde manuelle est une sauvegarde qui s'arrête le jour où vous êtes occupé. L'automatisation n'est pas un luxe ici, c'est la condition de la régularité.

1 Les quatre étapes d'un script qui tient

  1. Produire l'export de base et l'archive des fichiers, datés
  2. Envoyer la copie vers le stockage distant
  3. Faire tourner : supprimer ce qui dépasse la rétention prévue
  4. Rendre compte : écrire un journal, et alerter en cas d'échec

La quatrième étape est celle qu'on oublie, et c'est la seule qui distingue une sauvegarde d'une illusion de sauvegarde.

🔥
Le mode de défaillance le plus dangereux est le silence. Un script qui plante n'envoie rien, donc ne dérange personne. On découvre six mois plus tard que le dernier fichier utilisable date d'un demi-an. Faites l'inverse : que le succès soit silencieux et l'échec bruyant, avec une alerte si aucune sauvegarde n'est arrivée depuis vingt-quatre heures.
La trame d'un script quotidien, à adapter
#!/bin/bash
set -euo pipefail            # s'arrêter à la première erreur

JOUR=$(date +%F)
DEST=/sauvegardes

mysqldump --single-transaction --quick -u "$DBUSER" \
  -p"$DBPASS" "$DBNAME" | gzip > "$DEST/base-$JOUR.sql.gz"

tar czf "$DEST/fichiers-$JOUR.tar.gz" storage/uploads public/medias

# Copie distante, puis rotation locale au-delà de 7 jours
rclone copy "$DEST" distant:sauvegardes/monsite
find "$DEST" -name '*.gz' -mtime +7 -delete

# Trace lisible : c'est elle qu'on surveille
echo "$JOUR ok $(du -sh $DEST | cut -f1)" >> "$DEST/journal.txt"
🔒

8. Chiffrer les copies Et le piège de la clé

Une sauvegarde contient tout ce que contient votre site, souvent en clair : coordonnées de clients, messages, commandes. Déposée chez un tiers, elle devient une base de données complète sur un serveur que vous ne maîtrisez pas. Le chiffrement avant envoi règle la question.

Ce qu'il faut chiffrer

Tout ce qui quitte votre infrastructure. La copie locale sur le serveur peut rester en clair, elle est déjà protégée par les droits d'accès ; la copie distante, non.

Le piège, et il est mortel

Une sauvegarde chiffrée dont la clé était stockée sur le serveur perdu est un fichier définitivement illisible. Le chiffrement transforme alors votre protection en destruction.

La clé se conserve ailleurs : gestionnaire de mots de passe, coffre, support hors ligne. Et elle se teste, comme le reste.

🎓
Notez quelque part la procédure de déchiffrement, en clair et en français, avec l'outil et la version utilisés. Dans deux ans, face à une archive chiffrée, ce sera la seule chose dont vous aurez besoin, et c'est exactement ce que personne n'écrit.
🔁

9. Tester la restauration La seule section qui prouve quelque chose

Une sauvegarde non restaurée n'est pas une sauvegarde, c'est une intention.

Tant que vous n'avez pas remonté une copie et vérifié que le site fonctionne, vous ne savez rien de vos fichiers. Vous savez seulement qu'ils existent et qu'ils pèsent quelque chose.

1 Le test complet, une fois par an

  1. Prendre la sauvegarde la plus récente, sans la choisir
  2. La restaurer sur un environnement séparé, jamais sur la production
  3. Ouvrir le site : page d'accueil, une page profonde, une image déposée
  4. Vérifier une donnée récente : la dernière commande, le dernier message reçu
  5. Chronométrer l'opération du début à la fin
  6. Noter ce qui a manqué, ce qui a coincé, ce qui n'était pas documenté

Ce chronomètre est votre délai de reprise réel. Tant que vous ne l'avez pas mesuré, toute promesse faite à un client sur ce sujet est une supposition.

Le contrôle mensuel, en trois minutes

  • La dernière sauvegarde date-t-elle bien d'hier ?
  • Sa taille est-elle cohérente avec les précédentes ? Une chute brutale signale un export tronqué
  • L'archive s'ouvre-t-elle, et l'export SQL contient-il bien la fin du fichier ?
🏆
Le jour où vous aurez besoin d'une restauration, vous serez sous pression, probablement seul, et peut-être un dimanche. Ce que vous aurez écrit à froid, en ayant tout le temps de réfléchir, vaudra dix fois ce que vous improviserez à ce moment-là.
⏳

10. Combien de données puis-je perdre ? Deux questions qui décident de tout

Derrière deux sigles employés dans tous les contrats se cachent deux questions très concrètes, à poser avant de choisir une fréquence de sauvegarde.

Combien de temps de travail puis-je perdre ?

C'est ce que le métier appelle le RPO. Si vous sauvegardez chaque nuit et que le sinistre survient à 17 h, vous perdez la journée. La réponse dicte la fréquence, pas l'inverse.

Un site vitrine peut perdre une journée sans conséquence. Une boutique qui enregistre des commandes toute la journée, non.

Combien de temps puis-je rester à l'arrêt ?

C'est le RTO, et c'est le chronomètre de la section 9. Il dicte le format : une sauvegarde parfaite qui demande huit heures de restauration ne convient pas à un site qui doit revenir en deux heures.

💡
Ces deux réponses appartiennent au métier, pas à la technique. Elles se posent au client, en français : « combien de commandes acceptez-vous de ressaisir ? », « combien d'heures pouvez-vous rester fermé ? ». Le dispositif technique se déduit ensuite, et son coût se justifie tout seul.
🚨

11. Le cas du rançongiciel Pourquoi une sauvegarde en ligne ne suffit plus

! Ce qui a changé

Les attaques modernes ne chiffrent pas immédiatement. Elles s'installent, observent, et cherchent d'abord les sauvegardes : partages réseau, disques montés, identifiants de stockage distant trouvés dans les scripts. Elles les détruisent, puis chiffrent la production. La demande de rançon n'arrive qu'une fois le retour arrière rendu impossible.

Conséquence directe : toute sauvegarde atteignable depuis le serveur, avec des droits de suppression, doit être considérée comme perdue dans ce scénario.

Les trois parades, par ordre d'efficacité

  • Une copie hors ligne, sur un support débranché. Imbattable, et démodée à tort
  • Un stockage inaltérable, qui interdit techniquement la suppression avant une échéance
  • Des droits en écriture seule pour le compte de sauvegarde, sans droit d'effacement

Ajoutez une rétention longue : une intrusion reste souvent en place plusieurs semaines, et les sauvegardes récentes peuvent déjà contenir le programme malveillant.

🧭

12. Le plan minimal, en une heure Ce qu'on met en place aujourd'hui

15 min : Une sauvegarde manuelle complète

Export de la base et archive des fichiers déposés, téléchargés sur votre machine. Vous avez déjà une copie hors site, ce qui n'était pas le cas il y a un quart d'heure.

20 min : Le script et sa tâche planifiée

La trame de la section 7, une exécution par nuit, sept jours de rétention locale et une copie distante.

10 min : Les droits et l'alerte

Compte de dépôt sans droit de suppression, et alerte si rien n'est arrivé depuis vingt-quatre heures.

15 min : La première restauration

Remonter ce que vous venez de sauvegarder, sur un environnement de test. C'est le seul moment où vous saurez que le dispositif fonctionne. Chronométrez, et notez.

Les cinq règles qui résument ce mémo

  1. La sauvegarde de l'hébergeur est un filet, pas votre dispositif.
  2. Base et fichiers déposés se sauvegardent ensemble, ou pas du tout.
  3. Le compte de sauvegarde écrit, il n'efface jamais.
  4. L'échec doit être bruyant, le succès silencieux.
  5. Une sauvegarde non restaurée n'est pas une sauvegarde.

Mémo publié par NET&PRO à titre pédagogique. Information générale, sans garantie d'exactitude, d'exhaustivité ni d'actualité, et sans valeur de conseil personnalisé. Avertissement et limites d'usage

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Une sauvegarde se met en place en une soirée. Ce qui demande de la discipline, c'est de la tester, et c'est justement ce qui distingue une sauvegarde d'un fichier oublié.

  • Le temps réel : deux heures pour installer et programmer, puis une heure par trimestre pour éprouver la restauration.
  • Les outils gratuits : l'extension de sauvegarde de votre CMS et un espace de stockage à quelques euros par mois. La règle des trois copies ne coûte presque rien.
  • Le piège : garder la sauvegarde sur le serveur qu'elle protège. Un piratage ou une erreur d'hébergeur emporte alors les deux d'un coup.

Si vous préférez me le confier

Sur ce sujet, voici ce que je fais pour mes clients. Les formules disent ce qui est compris, ce qui ne l'est pas, et ce que ça coûte au bout de trois ans.

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