L'IA au collège, un dimanche soir, ressemble souvent à la même scène. Un devoir de français est ouvert, la remise est demain, et une fenêtre de discussion propose d'écrire le paragraphe. À Lyon comme à Salé, l'outil répond vite. Ce que l'école autorise, en France, est écrit depuis juin 2025. Ce que fait l'élève dans sa chambre en dépend encore, parce que la règle parle de la classe, et que le dimanche soir n'est pas la classe.
Ce que l'outil fait quand on lui demande le devoir
Un outil génératif produit une suite de mots probable. Il peut rédiger un paragraphe correct, et il peut inventer une citation, une date, ou le nom d'un personnage qui n'est pas dans le livre. L'article sur les inventions des modèles explique pourquoi la phrase a l'air sûre. Pour un devoir, la conséquence est simple : rendre le paragraphe tel quel, c'est rendre le travail de quelqu'un d'autre, et parfois un travail faux.
Dix mots suffisent à suivre la suite : un prompt est la demande, un modèle est le système qui répond, une source est la page qu'on ouvre pour vérifier. La méthode en cinq gestes est dans vérifier une réponse d'IA. Elle sert autant au devoir qu'au mail d'un adulte.
Le cadre français, celui qui est publié
Le ministère de l'Éducation nationale a publié en juin 2025 un cadre d'usage de l'IA en éducation, après une consultation menée de janvier à mai 2025. La page du ministère, datée du 13 juin 2025, résume les règles par niveau.
Dès le premier degré, les élèves sont sensibilisés aux bases, sans manipuler directement des IA génératives.
À partir de la quatrième, l'utilisation pédagogique en classe est autorisée, limitée, encadrée, expliquée et accompagnée par l'enseignant.
Au lycée, les élèves peuvent s'en servir de façon autonome dans un cadre d'apprentissage que l'enseignant a défini explicitement.
Le document dit aussi que l'usage assiste le travail et ne remplace pas l'effort d'apprendre. Il ne dit pas que tous les enseignants doivent s'en servir. Il fixe ce qui est permis quand on s'en sert avec des élèves. Nous ne rangeons pas les professeurs en camps, et nous ne leur prêtons aucun pourcentage : les chiffres qui circulent sur « la part des enseignants qui utilisent l'IA » n'ont pas été rattachés ici à une note de la DEPP relue pour cet article. Sans cette note, on ne les recopie pas.
💡 Trois gestes qui font apprendre
Se faire poser des questions sur le chapitre, sans demander la rédaction. Faire expliquer une correction déjà rendue par le professeur, ligne à ligne. Faire reformuler un énoncé qu'on n'a pas compris, puis réécrire soi-même. Le geste qui annule l'apprentissage est de coller la réponse dans la copie. Si le professeur n'a pas autorisé l'outil pour ce devoir, on ne l'utilise pas pour le produire.

Pix, et deux calendriers à ne pas fondre
La formation des élèves passe par Pix. Deux textes officiels, lus côte à côte, ne disent pas la même chose sur la date.
La page du ministère sur le parcours Pix IA indique que, dès le 5 février 2026, le parcours est accessible aux collégiens et aux lycéens volontaires, et qu'il devient obligatoire à la rentrée 2026 pour les élèves de quatrième, de seconde générale et de première année de CAP.
La note de service du 23 janvier 2026, publiée au Bulletin officiel du 5 février 2026, rend la passation obligatoire à compter de l'année scolaire 2025-2026, avec une mise en œuvre progressive sur 2025-2026 et 2026-2027, pour les élèves de quatrième, de seconde et de première année de CAP, dans les établissements publics et privés sous contrat. La passation se fait en classe, sous la surveillance d'un professeur ou d'un personnel d'éducation. Ces parcours ne donnent ni attestation ni certification. Éduscol décrit deux volets : décrypter le fonctionnement et les enjeux, puis utiliser l'IA générative de façon éclairée.
On retient donc ceci, sans choisir une phrase contre l'autre : il existe un parcours Pix sur l'IA, il vise ces niveaux, il se fait en classe, et l'obligation monte en charge sur deux années scolaires. La page d'annonce et le Bulletin officiel ne fixent pas le même jour J. Un établissement qui applique le Bulletin officiel est dans le texte qui fait foi pour la passation.
Sur la fraude, nous nous en tenons à un compte rendu du cadre de juin 2025. La Banque des Territoires écrit que les devoirs réalisés en tout ou partie par une IA, sans autorisation, sont assimilés à une fraude scolaire. Nous n'attribuons pas cette phrase à une circulaire de rentrée que nous n'avons pas ouverte, ni à un arrêté postérieur que nous n'avons pas relu. En classe, la règle pratique reste celle du cadre : on suit ce que le professeur a autorisé pour le devoir en cours.
De l'autre côté de la Méditerranée, une feuille de route
Le 12 janvier 2026, à Rabat, le ministre marocain de l'Éducation nationale, Mohammed Saad Berrada, a participé au lancement de la feuille de route « AI Made in Morocco ». Le communiqué de son ministère dit que cette participation vise à soutenir l'usage de l'IA pour le système éducatif, en lien avec la feuille de route 2022-2026 du ministère. Le même événement lance le centre « JAZARI ROOT », présenté comme le noyau d'un réseau d'instituts, et un laboratoire « Mistral AI & MTNRA ».
Ce communiqué ne fixe pas, pour un élève de collège à Salé, l'équivalent du cadre français de la quatrième. Il dit qu'une feuille de route nationale existe, et que l'éducation y figure. Nous ne recopions pas les pourcentages d'équipement des établissements ou des foyers qui circulent dans la presse de conseil : ils n'ont pas été rattachés ici à un tableau officiel relu. Un élève qui n'a pas de connexion stable à la maison n'est pas en retard sur une mode. Il est dans une contrainte matérielle. Les gestes utiles, questions, explication d'une correction, reformulation, peuvent se faire aussi sur le temps d'un ordinateur partagé, quand il y en a un.

Ce qu'on peut faire sans se faire remplacer
Les enseignants qui ouvrent l'outil en classe, dans le cadre, restent les auteurs du cours. L'outil propose. Le professeur décide, et l'élève rend un travail qu'il peut expliquer à voix haute. Si on ne peut pas expliquer la phrase, elle ne nous appartient pas encore.
Pour les établissements et les familles qui veulent un atelier sans dépendre d'une fenêtre en ligne, KODOLUDO propose de fabriquer un petit jeu, sur une machine, avec les moyens du lieu.
Le règlement européen sur l'IA, dans sa version commentée en août 2026, parle aux fournisseurs et aux usages à risque. Il ne remplace pas la consigne du professeur pour le devoir de dimanche. La consigne tient en une ligne : on s'en sert pour comprendre, et on écrit soi-même ce qu'on rend, sauf accord explicite pour faire autrement.