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IA en Algérie : le pari des compétences avant l'infrastructure

Centre de recherche, 50 000 spécialistes visés en 2030, modèles souverains en source ouverte : ce que les réunions algériennes de 2026 ont décidé, et ce qui reste à financer.

Série « L'IA en Afrique, pays par pays » · épisode 4

Trois adultes de dos dans un couloir de pierre claire, cahiers sous le bras.

Le 8 septembre 2026, à Alger, le ministre de l'Enseignement supérieur Kamel Baddari installe cinq commissions pour mettre en œuvre la stratégie nationale d'intelligence artificielle. Le communiqué retient deux décisions : créer un centre national de recherche en IA et en données, et former 50 000 spécialistes d'ici 2030. L'IA en Algérie, dans ce texte-là, se compte d'abord en personnes. Le calcul, lui, cherche encore ses financeurs.

Cet épisode est le quatrième de « L'IA en Afrique, pays par pays ». Les trois précédents ont décrit d'autres paris : le Rwanda, qui écrit la règle avant d'acheter les machines, le Sénégal, qui pose du béton et parle de souveraineté, la Côte d'Ivoire, qui finance un rattrapage. L'Algérie ajoute une quatrième phrase : former d'abord.

Ce que disent les réunions, dans l'ordre

La stratégie a été examinée au printemps. La presse algérienne situe cet examen en mai 2026, puis trois réunions de mise en œuvre : le 5 août, le 8 septembre, une troisième dans la semaine du 21 septembre. Nous n'avons pas le texte intégral de la stratégie sous les yeux. Ce qui suit vient des communiqués repris par le Centre international de presse, par IT Mag, par El Watan et par La Voix d'Algérie. Quand ces sources divergent, la divergence est dans le paragraphe.

Le 8 septembre, le compte rendu officiel repris par le CIP énumère les cinq commissions : données et infrastructures, financement, grands modèles de langage, doctorat en IA, formation continue. Il annonce le centre national de recherche. Il programme, « à court terme », un système de gestion fiscale fondé sur l'IA et « un système algérien multisectoriel » pour généraliser les outils. L'objectif de 50 000 spécialistes en 2030 est dans le même texte. C'est un objectif, pas un effectif déjà en poste.

IT Mag, le jour même, attribue au ministre quatre piliers : des modèles gouvernementaux souverains et en source ouverte, des capacités nationales de calcul intensif, le stockage des données administratives dans des centres situés sur le territoire, le renforcement des compétences locales. La phrase citée est nette : pour le ministre, l'IA est « un impératif stratégique de souveraineté et de compétitivité ». Le mot souveraineté est donc le sien, pas une étiquette posée après coup.

Le 21 septembre, El Watan rend compte de la troisième réunion. La commission données et infrastructures a arrêté, pour 2026, 17 opérations liées aux infrastructures et 14 liées aux données. Le projet de décret créant le centre de recherche est approuvé dans une version actualisée : approuvé comme projet, pas encore publié comme décret au moment de l'article. Les opérations de la stratégie doivent être prises en charge à partir d'octobre 2026 par les projets nationaux de recherche et par un réseau thématique consacré à l'IA. On passe donc de l'annonce d'un centre à une liste d'opérations et à un véhicule budgétaire. On n'a toujours pas, dans ces papiers, le montant.

Le 20 octobre, le même ministre réunit des entreprises publiques et privées. La Voix d'Algérie retient l'objet : une feuille de route jusqu'en 2030, et parmi les quatre objectifs, la mobilisation de financements, y compris privés, pour acheter des processeurs graphiques. Le calcul n'est pas décrit comme déjà là. Il est décrit comme le chantier pour lequel on cherche l'argent.

💡 Lire un objectif de formation

50 000 spécialistes en 2030 et 200 000 talents certifiés ne décrivent pas le même stock. Le second chiffre est celui de la feuille de route marocaine, et notre synthèse Maroc IA 2030 explique pourquoi un volume de personnes formées, un effectif d'ingénieurs en poste et un flux annuel de talents du numérique ne s'additionnent pas. La question utile est toujours : qui compte-t-on, à quelle date, avec quel diplôme.

L'école qui existe déjà

L'École nationale supérieure de l'intelligence artificielle, l'ENSIA, a été créée en 2021, bien avant la séquence de 2026. IT Mag la décrit comme un cursus d'ingénieur d'État dont le seuil d'accès dépasse 18 sur 20. Nous n'avons pas repris ce seuil sur une page d'admission de l'école elle-même : il reste attribué au journal. S'il est exact, il dit une chose simple. Le pays dispose déjà d'un filtre très étroit, en amont des 50 000.

Un filtre étroit et un objectif large ne se contredisent pas. L'un sélectionne une promotion d'ingénieurs. L'autre, s'il est tenu, devra passer par la formation continue, le doctorat et des cursus plus larges : ce sont précisément trois des cinq commissions de septembre. Le communiqué ne dit pas quelle part des 50 000 sortira de l'ENSIA. Quiconque lirait l'objectif comme « 50 000 ingénieurs ENSIA » lirait un texte qui n'a pas été écrit.

En avril 2026, IT Mag signale aussi un premier cluster de startups d'IA et de cybersécurité à Sidi Abdellah. C'est une localisation, pas encore un bilan d'entreprises. Nous ne chiffrons ni les effectifs du cluster ni les levées : les articles lus ne les donnent pas.

Un amphithéâtre vide, un tableau noir sans une trace, la lumière de fin d'après-midi dans les fenêtres.

Le voisinage, sans classement

Le Maroc, dans les articles déjà publiés de ce blog, affiche 200 000 talents à certifier d'ici 2030, un campus de centres de données annoncé à Dakhla pouvant atteindre 500 mégawatts, et un projet à Nouaceur dont les deux premières phases sont chiffrées par le ministère à 36 mégawatts, pour une cible plus lointaine de 500. Ces mégawatts sont des projets, pas une puissance en service. Les mettre en face des processeurs graphiques que l'Algérie cherche à financer en octobre comparerait deux promesses. La comparaison qui tient est ailleurs : les deux documents parlent de compétences et de calcul, et aucun des deux ne publie, dans ce que nous avons lu, le nombre de spécialistes déjà formés cette année.

Le risque que le brief de cette série demandait de tenir est connu des écoles d'ingénieurs partout : une personne formée sans machine où s'en servir, et sans marché où vendre ce savoir-faire, part. Nous n'avons pas de statistique algérienne de mobilité des diplômés ENSIA qui résiste à une citation. Le dire vaut mieux qu'inventer un taux. Ce que les textes de septembre et d'octobre montrent, c'est que les autorités ont placé la formation dans l'annonce du 8 septembre et le financement du calcul dans la réunion du 20 octobre. L'ordre des communiqués est un fait. Il ne dit pas qui partira.

Les hivers du financement, ailleurs et à d'autres époques, ont souvent commencé ainsi : les promotions continuaient, les crédits d'équipement non. Nous l'avons raconté pour les deux hivers de l'IA. Rien dans le dossier algérien de 2026 ne dit que ce scénario est engagé. La réunion d'octobre est précisément une tentative de ne pas le laisser s'engager. Pour une entreprise qui recrute sans être elle-même technique, la question pratique est la même des deux côtés de la frontière : comment reconnaître un profil quand on ne sait pas lire un dépôt de code.

Ce qui est financé, ce qui est annoncé

Au 22 octobre 2026, on peut tenir la liste suivante, et pas une ligne de plus.

Annoncé et organisé : cinq commissions, un projet de décret de centre de recherche, 31 opérations données et infrastructures inscrites pour 2026, un véhicule par les projets nationaux de recherche à partir d'octobre, un objectif de 50 000 spécialistes en 2030, une école d'ingénieurs déjà ouverte depuis 2021.

En recherche de financement : les processeurs graphiques, via une feuille de route à écrire avec les entreprises, décidée le 20 octobre.

Absent des textes lus : le budget voté du centre, la puissance de calcul déjà installée, le nombre de spécialistes formés depuis mai, le débit auquel les 50 000 devraient sortir chaque année. Un cloud souverain et des modèles en source ouverte figurent parmi les piliers attribués au ministre. Ils n'ont pas, dans ces communiqués, de nom de modèle, de date de mise en service, ni de licence précisée au-delà des mots « open source ».

Une porte close, trois voyants, un registre de visite encore vierge.

La série reprend à Djibouti, le pays par lequel passent les câbles et qui n'a pas, lui non plus, le calcul des grands modèles. La synthèse regarde ensuite les cinq ensemble, sans en faire un palmarès.

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